Conjoncture agricole de juillet/août 2026
Synthèse des mois de juillet et août 2026
Météo
Un été exceptionnellement chaud et sec, pesant sur l’agriculture et l’élevage.
Céréales, oléagineux et protéagineux
Cultures d’hiver : rendements hétérogènes ; des grains de qualité.
Cultures de printemps pénalisées par la chaleur et la sécheresse.
Cours en hausse.
Betteraves sucrières
Des cultures en souffrance. Cours mondiaux du sucre en hausse.
Pommes de terre
Des rendements impactés par le temps sec. Hausse des cours sur le marché du libre.
Cultures fourragères
Des prairies assoiffées. Ensilages de maïs en baisse.
Fruits et légumes
Endives : plébiscitées par les consommateurs faute de salades.
Poireaux : faiblesse des volumes. Cours élevés.
Choux-fleurs : des cours très fluctuants.
Productions animales
Lait : collecte en progression. Cours du conventionnel toujours à la baisse ; hausse saisonnière pour le prix du lait biologique.
Viande bovine : cours globalement orientés à la baisse.
Viande porcine : cours en hausse.
Indicateurs économiques
Euro fort. Cours du baril de pétrole en hausse.
Météo
L’été 2026 est caractérisé par des épisodes caniculaires successifs et une sécheresse prolongée.
Juillet est marqué par une troisième vague de canicule qui dure 12 jours. Les températures moyennes sont supérieures de 2 à 3°C aux valeurs normales. La région connaît un déficit de précipitations exceptionnel (- 95 % par rapport aux valeurs normales), plus marqué à l’ouest d’une ligne Valenciennes - Creil (comme à Dunkerque avec 0mm) (graphique 1). Il s’agit du mois de juillet le plus sec depuis 1959, date du début de la série de données. Côté ensoleillement, la région connaît un large excédent, de 44 à 58 % par rapport à la période de référence 1991-2020.
Août connaît également un épisode caniculaire dans sa deuxième décade. Les températures restent élevées durant la première quinzaine du mois, puis reviennent à des valeurs proches des normales après le 15 août. Les températures moyennes sur le mois sont supérieures de 2,4°C aux normales. Les pluies font leur retour après le 15 août, souvent sous forme orageuse. Au nord d’une ligne Abbeville – Cambrai – Lille, les précipitations sont supérieures ou égales aux valeurs normales ; au sud de cette ligne, on observe un déficit de 40 à 75 %, plus particulièrement marqué dans l’Aisne. La durée d’ensoleillement est supérieure de 20 à 35 % aux moyennes, et ce malgré les perturbations en deuxième partie du mois.
Graphique 1 - Températures et précipitations en 2026 - stations de Saint-Quentin et de Dunkerque
Source : Météo France
Note : valeur normale = moyenne sur la période de référence 1991 - 2020
Céréales, oléagineux et protéagineux
Situation en région
Les récoltes estivales se déroulent de la mi-juin à la mi-juillet, plus précocement qu’à l’ordinaire (focus). Les précipitations de la mi-août ameublissent les sols, s’avérant propices à la réalisation des semis de colza. Les retours du terrain font état d’une possible augmentation des surfaces semées en colza pour la prochaine campagne. Ces travaux d’ensemencement se télescopent avec la réalisation des ensilages de maïs et la mise en balles du lin.
Les cultures de maïs ont pâti du manque d’eau au moment de la floraison, entraînant des avortements de grains. Les parcelles présentant une insuffisance en grains ont été orientées vers l’ensilage. Les premières estimations de rendements de grains, très hétérogènes, se situent dans une fourchette de 50 à 100 quintaux par hectare, soit une baisse de 40 % par rapport à l’an dernier. Le démarrage des récoltes est prévu à la mi-septembre.
Focus sur les récoltes estivales 2026 dans les Hauts-de-France
Des moissons précoces et rapides
Les moissons 2026 ont commencé avec une semaine d’avance par rapport à l’année précédente. Après un démarrage particulièrement précoce autour du 15 juin dans les départements de l’Aisne et de l’Oise et autour du 22 juin dans les autres départements de la région, la récolte des orges d’hiver et des escourgeons s’est déroulée rapidement, sans interruption. A la faveur de conditions météorologiques sèches et particulièrement chaudes, accélérant le mûrissement des cultures, la moisson des blés et des colzas s’est enchaînée sur l’ensemble de la région et s’est déroulée de façon rapide et continue jusqu’au 14 juillet, date à laquelle près de 90 % des surfaces étaient récoltées. La moisson s’est achevée autour du 25 juillet, avec environ trois semaines d’avance.
Rendements
Présentant un potentiel prometteur un mois avant les moissons, la récolte 2026 de blé tendre s’avère décevante, avec un rendement régional estimé à 83 q/ha, soit 7 de moins qu’en 2025 et 2 q/ha de moins que la moyenne quinquennale. Toutefois, les rendements sont très hétérogènes, fonction du type de sol, de la date des semis, de la variété culturale et du stade physiologique de la culture au moment de la canicule de juin (phase de remplissage des grains). De même, les orges d’hiver et les escourgeons voient leur rendement chuter à 75 q/ha, en recul de 12 q/ha par rapport à 2025 et de 7 q/ha par rapport à la moyenne quinquennale. En orges de printemps, les semis d’automne donnent de meilleurs résultats que les cultures emblavées au printemps. Estimé autour de 64 q/ha, le rendement est inférieur de 3 q/ha à celui de l’année précédente, mais équivalent au rendement moyen sur 5 ans. Comme en 2025, le colza affiche de bons rendements, avec une estimation moyenne à 41 q/ha, supérieure de 3 q/ha au rendement moyen quinquennal. Les féveroles ont pâti du stress thermique, qui a fait chuter le rendement à 34 q/ha en moyenne, soit 5 q/ha de moins que la moyenne quinquennale. Les pois s’en sortent mieux, avec un rendement moyen estimé à 38 q/ha, légèrement au-dessus de la moyenne quinquennale (36,7 q/ha).
Qualité des grains
La qualité du blé tendre s’avère satisfaisante : des poids spécifiques élevés, autour de 80 kg/hl, une humidité des grains basse et des teneurs en protéines supérieures à 11,5 % constituent des critères permettant de répondre à l’ensemble des débouchés, tant au niveau des marchés intérieurs qu’à l’international. La qualité des orges de printemps est fonction de la date du semis : les cultures d’automne correspondent aux critères de qualité brassicole., tandis que les cultures de printemps seront probablement déclassées en fourrage à cause de leur richesse élevée en protéines. Le colza présente une qualité satisfaisante avec des teneurs en huile élevées (45-46 %) et une faible humidité (5 à 7 %).
Feux de moisson
La moisson 2026 s’est déroulée dans un contexte de vagues de chaleurs récurrentes et prolongées et d’une sécheresse élevée des sols et de la végétation. De nombreux départs de feu ont été comptabilisés sur le territoire de la région, dont 567 feux de cultures entre le 08 juin et le 31 août, pour une surface de 1 375 ha. Le dispositif « Feux de moisson », qui intègre la remontée précise et régulière d’informations par les collecteurs sur le déroulé et la progression de la collecte, la mise en place d’équipements (tonnes à eau) préalable à la moisson, a permis une prise en charge rapide des départs de feux. A titre de comparaison, en 2019, 3 750 ha avaient brûlé en 5 jours en Picardie dans un contexte de sécheresse et de canicule.
Sources : FranceAgriMer, Terres Inovia
Pour aller plus loin : retrouvez l’article Prévention des feux de culture sur le site chambres d’agriculture Hauts-de-France
Évolution des prix en relation avec le contexte international
Céréales
En juillet et en août, les prix du blé tendre (FOB Rouen) augmentent de 25€ la tonne (+ 12 % par rapport à juin 2026), s’établissant à 230 € la tonne. Ces derniers sont supérieurs de 15 % aux prix de juillet et août 2025 et inférieurs de 6 % aux prix moyens sur 5 ans à même période (graphique 2). Après une période de relative stabilité au 2e trimestre 2026, le cours de l’orge s’oriente à la hausse pendant l’été, atteignant 216 € la tonne (FOB Rouen) en août, soit 12 % de plus qu’en août 2025 et proche de la valeur quinquennale (219 €/t). Le cours du maïs (FOB Rhin) suit une courbe ascendante depuis début 2026, avoisinant les 200 €/t en début d’année. Il atteint 239 €/t fin août, soit + 21 % par rapport à août 2025. Il reste inférieur de 4 % au prix moyen quinquennal pour le même mois à 248 €/t.
L’évolution haussière des cours des céréales est liée à la crainte d’une réduction de l’offre en raison des tensions géopolitiques et de la météo. En effet, le conflit entre l’Ukraine et la Russie s’accentue durant l’été, sous forme d’une guerre commerciale maritime et logistique visant à entraver la commercialisation des céréales ukrainiennes. A cela s’ajoute la révision à la baisse des productions céréalières états-uniennes et européennes en raison des mauvaises conditions climatiques dans l’hémisphère Nord.
Graphique 2 - Cours du blé tendre (FOB Rouen)