Conjoncture agricole Hauts-de-France de mars 2022

publié le 9 mai 2022

Téléchargez la publication

Conjoncture agricole Hauts-de-France de mars 2022 (format pdf - 457.1 ko - 09/05/2022)


GRANDES CULTURES

Les flux d’échanges se réorganisent

Les Cours

La guerre entre la Russie et l’Ukraine alimente la hausse des cours des grains en mars, même si les marchés restent très volatils au gré de l’évolution du conflit (Figures 1 et 2). A noter comme autre facteur de hausse, les craintes de déficit hydrique en raison des faibles réserves constatées dans les sols tant sur le Continent nord-américain qu’en Europe. En cas d’incidents climatiques à venir sur ces régions du globe, la tension sur les disponibilités en céréales deviendrait inédite. A l’inverse la reprise de l’épidémie de Covid 19 en Chine et la mise en place de mesures de confinement pourraient peser sur la demande et limiter par suite la hausse des cours.
Les cours du colza franchissent temporairement le seuil symbolique des 1 000 € /t sur Euronext en semaine 12. Le colza reste notamment soutenu par le prix des huiles, par les prix de l’énergie, ainsi que par les marges de trituration élevées.
Prix du blé FOB Rouen Supérieur (A2) Prix de l'orge fourragère FOB Rouen
Campagne 2021/2022 - Estimation de la production de céréales en Mt

Echanges

Dans son rapport mensuel, le Comité international des céréales (CIC) a abaissé ses prévisions d’exportations respectivement depuis l’Ukraine et la Russie de 3,7 Mt et 1,5 Mt. Selon ce scenario prévisionnel, les expéditions depuis la Russie seraient à leur plus bas niveau depuis 5 ans. Les défauts de livraisons en provenance des pays de la mer Noire, orientent les pays importateurs, qui n’ont pas achevé les achats pour cette campagne, vers d’autres sources d’approvisionnement, notamment vers l’Europe et principalement la France. Ainsi l’Algérie aurait acheté 600 000 t de blé, dont les origines pourraient être majoritairement bulgares, roumaines et françaises. Par ailleurs la Tunisie aurait acheté environ 125 000 tonnes de blé meunier et 100 000 t d’orge fourragère et l’Arabie Saoudite serait aux achats pour 355 000 t de blé. La France a rassuré l’Egypte en laissant entendre qu’elle lui garantissait son approvisionnement en blé si nécessaire. De son côté, l’UE a annoncé allouer 200 millions d’euros pour aider le Maghreb à faire face à la hausse des prix des grains.
Néanmoins, sur le Continent africain, la situation s’annonce très difficile selon Intercéréales. Le Maroc est confronté à une forte sécheresse, qui impacte déjà les disponibilités en fourrages. L’Algérie a constitué quelques stocks mais ouvre un peu plus son cahier des charges sur le critère du poids spécifique (PS) pour s’approvisionner davantage en origines européennes et françaises. Enfin, la sécurité alimentaire est très critique pour les pays d’Afrique de l’Est (Éthiopie, Soudan) qui n’avaient déjà plus la capacité d’acheter du blé en raison de l’inflation.
Au 27 mars, les exportations par l’UE s’affichent à 19,87 millions de tonnes (Mt) contre 20,48 Mt millions l’an passé à date pour le blé à 5,79 Mt contre 6,01 Mt l’an passé pour l’orge. Les importations de maïs s’établissentent à 12,05 Mt contre 12,10 Mt l’an dernier. Les importations de colza sont à 3,90 Mt contre 5,13 millions Mt à date l’an passé.
FranceAgriMer révise à la hausse son estimation d’exports de blé pays tiers de + 800 000 t à 9,7 Mt contre 8,9 Mt affichés le mois dernier. Dans le contexte actuel, une nouvelle progression des volumes exportés est probable.


Récolte 2022

Selon FranceAgrimer, au 28 mars, l’état des cultures en région Hauts-de-France est stable par rapport aux semaines précédentes, jugé bon à très bon à hauteur de 99 % pour le blé tendre et de 100 % pour l’orge d’hiver et l’orge de printemps, contre respectivement 89 %, 91 % et 97 % l’an passé à date. En France, la situation des cultures est également bonne avec 92 % des blés, 88 % des orges d’hiver, et 92 % des orges de printemps jugés comme bons à excellents.
Le ministère ukrainien de l’Agriculture estime que les ensemencements de printemps des grains ukrainiens pourraient baisser de 30 % cette année. Les prévisions de production restent difficiles à établir, d’autant plus que les conditions des chantiers de récolte de l’été prochain sont inconnues à l’heure actuelle.

POMME DE TERRE

Continuité des marchés malgré le contexte international

Les usines de transformation sont peu, voire pas du tout aux achats pour certaines d’entre-elles, avec une couverture par les contrats suffisante pour satisfaire la demande régulière de produits finis, y compris vers l’export. Cependant, les coûts de transport toujours en progression, ainsi que l’approvisionnement en huile de friture deviennent des sujets de préoccupation majeurs. En fin de mois,la demande, notamment en produits finis, s’améliore sensiblement, sur l’ensemble des marchés, qu’ils soient européens ou vers le grand export.
Le marché intérieur est régulier vers les grossistes, mais sans excès. Il est beaucoup plus calme vers la grande distribution, en dehors des quelques mises en avant, qui maintiennent a minima les sorties. Avec des prix d’achat parfois en baisse chez certains producteurs soucieux d’accélérer la baisse de leurs stocks, les prix sont globalement stables au stade expédition (Figure 4). Plusieurs opérateurs, producteurs et négociants, sont dubitatifs quant à la durée de ce status quo, face à la hausse des coûts sur l’ensemble des postes de dépenses (énergie, stockage, transport, triage…).
Le marché à l’export reste actif dans un contexte international instable, avec une reprise des marchés des Pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce) sur les variétés fritables. Le Portugal se manifeste sensiblement, avec la diminution de leurs disponibilités locales, mais sur des petits calibres. Les flux vers l’Est sont plus ou moins réguliers, avec la problématique des coûts de transport et le défaut de camions et de chauffeurs disponibles. Ils concernent les variétés lavables. Sur le grand export, des volumes sont signalés vers Israël.
Sur le terrain, les livraisons de plants se poursuivent en mars et les plantations devraient débuter en avril en région.
Pommes de terre de conservation -diverses variétés non lavées - cat II - 50/75 mm - sac 25 kg - Origine bassin Nord - marché du frais

ENDIVE

Des opérations de retrait et de non récolte inédites en volume

Le marché de l’endive reste compliqué en mars. La baisse du pouvoir d’achat et l’arrivée précoce des produits de printemps alourdissent un commerce où la demande demeure bien trop ténue. Sur le marché intérieur, le commerce est essentiellement assuré par les ventes en grandes et moyennes surfaces (GMS), alors que le marché à l’export reste très difficile, face à la concurrence de la Belgique et des Pays-Bas.
L’ajustement de l’offre n’est pas toujours assuré et les opérateurs tentent de trouver des débouchés alternatifs. A noter cependant que les opérations de retrait à destination des banques alimentaires et de l’alimentation animale se tarissent, pour cause de saturation. La destruction d’endive reste hélas l’issue pour nombre d’endiveries. Les volumes concernés par le retrait et la non-récolte durant cette campagne sont inédits en importance (Figures 6 et 7). Les stocks de racines réfrigérées demeurent conséquents.
Endive Nord-Picardie Cat.1 en colis de 5 kg
Endives - non récolte (en nombre de bacs) Retrait d'endives (kg)

VIANDE BOVINE

Le prix des réformes laitières en forte hausse

En jeunes bovins (JB), la demande reste forte sur le marché européen où la rétention dans les élevages reste de mise pendant une majeure partie du mois et entretient la hausse des cours (Figure 10). Depuis le début de l’année, les abattages en JB ont diminué de -5,2 % dans les abattoirs régionaux.
En vache laitière (catégorie P), c’est la demande en viande hachée qui stimule la demande et dope les prix (Figure 8). Depuis l’allègement des mesures sanitaires, les ventes au détail de viandes hachées demeurent soutenues et nettement supérieures à ce qu’elles étaient avant la pandémie. En cumul sur les onze premières semaines de 2022, les ventes de haché frais (-4 % /2021 et +7 % /2020) comme de haché surgelé (-4 % /2021 et +4 % /2020) restaient dynamiques.
Le cours moyen en mars des jeunes bovins catégorie U* dans le bassin Nord- Est gagne 23 centimes/kg sur le mois et s’affiche à 5,09 €/kg, en hausse de 29 % par rapport à 2021 et 2020. Le gain mensuel est de 27 centimes/kg pour la vache de catégorie R*, dont le cours moyen atteint 4,85 €/ kg (+17 %/2021 et +31 %/2020). Il est encore plus conséquent pour la vache de catégorie P*, avec un gain de 34 centimes/ kg, qui porte le cours moyen à 4,32 €/kg (+49 %/2021 et +62 %/2020).

(*) classement des viandes bovines « EUROP »

Cours de la vache laitière - Cat. P Cours de la vache allaitante - Cat. R
Cours du jeune bovin - Cat. U

VIANDE PORCINE

L’envolée des cours gagne la France

En mars, le mouvement de hausse des cours observé depuis janvier en Espagne et depuis février en Allemagne, gagne la plupart des places du nord de l’Europe dont la France (Figure 11). Il s’explique par la crainte d’une baisse des volumes disponibles, notamment en Allemagne, et par la croissance considérable des coûts de production (aliment, énergie...), liée au conflit en Ukraine. Le cours moyen mensuel du porc charcutier de catégorie E+S* dans le bassin de production Nord-Est gagne 20 centimes/kg sur le mois, pour s’établir à 1,61 HT/kg fin mars, retrouvant un niveau supérieur de 8 % à 2021 et de 6 % à la moyenne quinquennale.
Selon l’institut du Porc (IFIP), les volumes importés en 2021 ont progressé de 12,5 % à 619 000 tonnes provenant essentiellement d’Europe dont 292 500 tonnes d’Espagne (+ 2,6 %) ce qui représente 47,3 % des volumes importés.
En février, l’activité d’abattage en volume de porcs charcutiers en région est en baisse de 0,7 % par rapport à février 2021, soit 610 têtes de moins.
(*) classement des viandes de porc « EUROP »
Cotation porc charcutier bassin Nord-Est
Abattage gros animaux Hauts-de-France

LAIT

Poursuite de la hausse du prix du lait

En février, la collecte régionale de lait de vache est de nouveau en baisse (-3,5 % / 2021) pour le neuvième mois consécutif (Figure 13). Au niveau national, le repli est moindre (-0,8 % / 2021) avec le retour d’une collecte en hausse (+1 %) dans le bassin laitier majeur du Grand-Ouest.
Dans l’UE, on observe une reprise de la collecte, après 5 mois consécutifs de baisse, portée par l’Autriche, la Pologne et le Danemark. Le niveau record des prix du lait semble enfin produire un effet incitatif à la production. Les conséquences de la guerre en Ukraine sur cette dynamique de relance seront appréciées avec les données de mars.
En février, le prix moyen du prix payé aux producteurs en région progresse de 14,5 % sur un an, pour s’établir à 395 €/1 000 litres. Le gain est ainsi de 6 € sur un mois et de 49 € sur un an.
En France la hausse est également importante (+13,4 % / 2021) et concerne tous les bassins laitiers. La progression du prix observée en février permet, avant le déclenchement du conflit en Ukraine, de compenser la hausse des charges.
Livraison régionale de lait de vache à l'industrie - Prix payé aux producteurs
Evolution de la MILC (définition : voir encart ci-dessous) mensuelle au cours de l'année civile (dernière valeur disponible Février 2022
Milc, un indicateur de marge laitière adapté à la volatilité
Zoom dernier mois - Evolution MILC et composantes M - (M-12)

PÊCHE

Les cours élevés du gasoil dissuasifs pour l’activité de pêche

La hausse des prix du gasoil rend les sorties en mer peu rentables économiquement et nombre de bateaux restent au port en mars. A l’exception de la première semaine, les volumes débarqués en pêche côtières sont limités. Les espèces les plus représentées sont le maquereau et le merlan, suivies du hareng, lequel reste toutefois invendu entre 0,30 € et 0,40 €/ kg. Avec ces arrivages déficitaires et face à une demande satisfaisante malgré des prix élevés, les cours se maintiennent et restent fermes, ce qui permet à la filière de couvrir à minima la hausse des coûts, s’agissant notamment des postes énergie, emballage et transport.
Les apports de la pêche hauturière sont également faibles. En cause, les mauvaises conditions météorologiques dans ses zones de pêche au Nord de l’Europe.
A l’importation, l’offre reste faible, entretenant la hausse des prix. Les mareyeurs se positionnement sur les espèces les plus accessibles, comme le merlan et l’églefin, en provenance d’Écosse et du Danemark.
Les données de la pêche de mars sur les ports de Boulogne-sur-Mer et Calais n’ont pas été communiquées.
Poisson - Ventes enregistrées - Port de Boulogne - Calais (hors poisson congelé)

MÉTÉOROLOGIE

Printanier mais sec

La faiblesse des précipitations observée depuis le début d’année s’aggrave en mars avec une pluviométrie qui affiche un déficit moyen de l’ordre de 75 % sur l’ensemble de la région (Figures 17 et 18). On compte en moyenne de 3 à 7 jours de pluie avec des cumuls quotidiens souvent très faibles (inférieurs à 3 mm). Proche de la normale en début de mois, l’indice d’humidité des sols superficiels baisse en mars pour atteindre un déficit proche de 25 % fin mars.
La température moyenne de mars dépasse d’environ 1,6° C la normale. Les maximales sont particulièrement élevées, alors que les minimales restent proches des normales. Deux épisodes froids rafraichissent l’atmosphère du 4 au 8 puis en toute fin de mois.

Station d'AMIENS - GLISY - Températures et précipitations Station de LILLE - LESQUIN - Températures et précipitations
Ecart à la moyenne de référence 1981-2010 de l'indicateur thermique moyen mensuel et Rapport à la moyenne de référence 1981-2010 des cumuls mensuels de précipitations agrégées


Téléchargez la publication

Conjoncture agricole Hauts-de-France de mars 2022 (format pdf - 457.1 ko - 09/05/2022)