Conjoncture agricole Hauts-de-France de février 2022

publié le 21 avril 2022

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Conjoncture agricole Hauts-de-France de février 2022 (format pdf - 583.7 ko - 21/04/2022)


Le conflit Russo-Ukrainien et ses conséquences dans le domaine agricole :
Catastrophique d’un point de vue humain, la guerre engagée par la Russie sur le sol ukrainien, a également des conséquences sur l’agriculture et les marchés.
Sur les marchés des grains et oléagineux : La Russie et l’Ukraine sont deux grands producteurs mondiaux de céréales. La Russie est aujourd’hui le premier exportateur de blé mondial répondant à environ 20% de la demande sur le marché mondial. Pour sa part l’Ukraine est le 5ème exportateur mondial de blé, et le 4ème en maïs, et demeure le principal fournisseur (56%) de l’UE pour cette céréale. La Russie et l’Ukraine sont également les premiers producteurs de tournesol au monde et exportent plus de 50% des huiles de tournesol et de tourteaux. Cette dernière matière est utilisée principalement dans la filière avicole en alternative au soja, et dans une moindre mesure, dans la filière porcine. Depuis le début du conflit les exportations des origines de la mer Noire sont suspendues, obligeant les flux du commerce mondial à se réorienter. La question se pose de la capacité de l’Ukraine à semer au printemps, avec un enjeu majeur pour les semis de maïs et de tournesol
Sur les filières d’élevage :
Compte-tenu du faible niveau d’échange qui existait avant le début du conflit, les perturbations directes du commerce des produits animaux de l’UE resteront modestes. Par contre les impacts indirects seront importants, liés à la flambée des marchés des grains, des huiles, des engrais et de l’énergie, pour les filières laitières, bovines, porcines et avicoles.
Sur les marchés des énergies-intrants :
Le conflit vient tendre un peu plus la situation sur le marché des énergies dans lequel l’Union européenne est dépendante de la Russie pour le gaz qui lui assure plus de 40% de ses besoins. La hausse du cours du gaz aura un impact sur les coûts de production : séchage, fabrication des engrais azotés, énergie des usines de transformation. L’augmentation des prix du baril de pétrole affectera le coût du transport.

GRANDES CULTURES

Campagne 2021/2022 - Estimation de la production de céréales en millions de tonnes
Les Cours

En février les marchés restent influencés par les tensions entre l’Ukraine et la Russie entretenant une volatilité importante sur les cours. Les cotations du blé restent la majeure partie du mois à un niveau élevé, variant brutalement à la baisse ou à la hausse, avant de s’envoler à partir du 24 février, date de déclenchement du conflit (Figures 2 et 3). Par ailleurs, le phénomène météorologique la Niña, qui sévit sur l’Océan Pacifique Sud, ajouté au contexte géopolitique, exacerbe la nervosité des marchés.
Prix du blé FOB Rouen Supérieur (A2) Prix de l'orge fourragère FOB Rouen

(1) les cotations ont été suspendues à Rouen pour le blé tendre entre le 17/12/2021 et le 03/01/2022 et pour l’orge entre le 16/12/2021 et le 03/01/202, pour les endives en semaine 52

Echanges

Sur la scène internationale, le recul relatif des prix observé en milieu de mois incite les acheteurs internationaux à lancer des appels d’offres. L’Égypte est aux achats pour des chargements entre le 1er et le 10 avril, et c’est l’origine roumaine qui a été choisie. L’Algérie aurait finalement acheté 720 000 t de blé dernièrement, avec des origines optionnelles qui devraient se partager entre la mer Noire, l’Argentine et la France. Ainsi la France retrouverait son principal client, mais dans un contexte concurrentiel qui devrait perdurer dorénavant.
Au 6 février, l’UE a exporté 16,92 millions de tonnes (Mt) de blé tendre contre 16,22 Mt à date l’an passé. La France reste le premier pays exportateur de blé, avec 4,97 Mt exportées à ce jour, devant la Roumanie avec 4,64 MT, et l’Allemagne avec 1,98 Mt. En orges, l’UE a exporté 5,14 Mt contre 4,75 Mt l’an passé toujours à date. Les importations de maïs sont quant à elles en repli à 9,79 Mt contre 10,28 Mt l’an passé, tout comme en colza avec des importations à hauteur de 3,08 Mt contre 4,28 Mt l’an passé. Durant la seconde partie de la campagne de commercialisation 2021-2022, la Chine restera un acteur majeur. Un accord commercial vient d’être signé entre les deux gouvernements russe et chinois afin de faciliter les importations de blé russe par la République populaire de Chine.

Prévisions de récolte 2022

Selon FranceAgrimer, au 28 février, l’état des cultures en région Hauts-de-France est stable par rapport à la semaine précédente, jugé bon à très bon à hauteur de 98 % pour le blé tendre, et de 99 % pour l’orge d’hiver, contre respectivement 89 % et 91 % l’an passé à date. Les semis d’orges de printemps sont réalisés à hauteur de 11 % contre 46 % l’an passé à la même période.
En France, la situation des cultures d’hiver est également bonne avec 93 % des blés et 90 % des orges jugés comme bons à excellents. Les orges de printemps seraient emblavés à hauteur de 36 % contre 28 % la semaine précédente et 47 % l’an passé.
Les conditions climatiques sur l’ensemble de l’Europe sont jugées pour le moment satisfaisantes, permettant de rester confiants sur l’état des cultures, avec cependant une inquiétude pour le sud de l’Europe, où l’Espagne et le Portugal sont confrontés à un début de sécheresse. Les premiers apports d’engrais azotés débutent dans un contexte incertain sur l’évolution des cours.

POMME DE TERRE

Baisse de la demande export

Les marchés sont confiants dans cette seconde partie de la campagne et les usines tournent à 100 % de leur capacité. Toutes les usines ne sont cependant pas aux achats, selon leur couverture des contrats et leur capacité à transformer. Orientés à la hausse en première partie de mois, les cours se stabilisent ensuite, dans un contexte de marché équilibré où l’offre suffit à satisfaire la demande (Figure 4).
Pommes de terre de conservation - diverses variétés non lavées - cat II - 50/75 mm - sac 25 kg

Sur le marché intérieur, l’activité est maintenue par les mises en avant en GMS, mais ne permet pas de dégager des volumes travaillés supplémentaires, notamment pour les variétés spécifiques au marché du frais. Le négoce recherche des opportunités à l’export ou vers la transformation. Globalement, la campagne de commercialisation prend un peu de retard. Les prix se maintiennent dans un contexte de négociations commerciales.
Le marché à l’export est hétérogène selon les destinations, mais avec une baisse généralisée des volumes exportés, toutes destinations confondues, et avec un écart de prix selon la qualité. La demande se tarit vers l’Espagne, qui se contente des volumes contractualisés et se tourne progressivement vers l’offre israélienne et égyptienne. Le Portugal reste absent et entame une 2ème récolte avec des pommes de terre nouvelles. L’Italie est toujours présente mais avec une demande restreinte vers le sud du pays. Les destinations de l’Est sont aux achats, en particulier la Hongrie et la Roumanie, en variétés brossées ou lavées, mais le marché est plafonné par les capacités toujours limitées de logistique de transport. Quelques expéditions vers le grand export sont réalisées pour les qualités supérieures et à des prix plus valorisants (330 €/la tonne vers le Moyen Orient).

ENDIVE

Trop d’endives sur le marché
Endive Nord-Picardie Cat.1 en colis de 5 kg

Avec un mois de février de nouveau dans le rouge, le marché de l’endive s’enfonce et tout espoir de sauver la saison s’envole. Malgré les recommandations de la filière, la réduction de l’offre reste insuffisante pour s’aligner sur une demande faible où la concurrence entre les légumes d’hiver est forte, le tout sur un marché des légumes globalement lourd.
Une légère hausse des cours en début de mois permet de sortir de 20 jours de crise conjoncturelle (19 janvier - 8 février) mais cette embellie est de courte durée et le cours moyen de février s’avère inférieur à celui de janvier (Figure 5). Dans le même temps les coûts de production ne cessent de croître depuis le 1er janvier, notamment pour les emballages et l’électricité.

VIANDE BOVINE

Hausse des prix mais aussi des charges

L’offre reste réduite en France comme sur le marché européen, ce qui entretient une hausse des cours sur l’ensemble des catégories de bovins, dans un contexte d’inflation des charges.
Certaines pratiques assèchent encore plus l’offre. Ainsi, en jeunes bovins, la tendance haussière du marché incite certains éleveurs à différer la vente pour gagner à la fois en poids et quelques centimes au kilo. En vaches laitières, c’est le contexte favorable sur le marché des produits laitiers qui incite les éleveurs à limiter les ventes de réforme.
Le cours moyen en février des jeunes bovins Cat.U(2) dans le bassin Nord-Est gagne 17 centimes/kg sur le mois et s’affiche à 4,84 €/kg, en hausse de 25 % par rapport à 2021 et de 21 % par rapport à 2020 à la même date (Figure 8). Le gain mensuel est identique pour la vache de catégorie R(2) dont le cours moyen atteint 4,54 €/kg (+10 %/2021 et +24 %/2020) (Figure 6). Il est encore plus important pour la vache de catégorie P2, avec un gain de 31 centimes/ kg, qui porte le cours moyen à 3,91 €/kg (+39 %/2021 et +52 %/2020) (Figure 7). Ces hausses de prix sont à relativiser compte-tenu de la hausse des charges. En janvier l’IPAMPA viande bovine était en hausse de 16 % sur un an (Figure 10).
Cours de la vache allaitante - Cat. R Cours de la vache laitière - Cat. P
Cours du jeune bovin - Cat. U
Evolution de l'indice des prix d'achat des moyens de production agricole (IPAMPA) Bovins
(2) classement des viandes bovines « EUROP »

VIANDE PORCINE

Reprise des cours sur les marchés européens
Cotation porc charcutier bassin Nord-Est

En février, le cours moyen mensuel du porc charcutier de catégorie E+S(3) dans le bassin de production Nord-Est s’effrite régulièrement, lâchant 1 centime/kg par semaine, pour s’établir à 1,40 € HT/kg en fin de mois, retrouvant ainsi le niveau de 2021 (Figure 9).
La tendance est plus favorable au niveau national où les cours se redressent légèrement. Sur les places européennes les cotations progressent nettement en Allemagne et surtout en Espagne, pays dans lequel la hausse a débuté en janvier. Avec le recul de la pandémie de Covid19, les opérateurs misent sur une reprise d’activité au printemps prochain.
Selon l’IFIP, institut du Porc, les exportations françaises sur l’année 2021 sont en hausse de 5,6 % par rapport à 2020, pour un volume 806 200 tonnes. La Chine demeure la première destination avec 26% des volumes. Les volumes destinés à l’UE représentent 55 % avec l’Espagne et l’Italie comme principaux débouchés.
(3) classement des viandes de porc « EUROP »

Abattage gros animaux Hauts-de-France

LAIT

Nette progression du prix du lait

En janvier 2021, le prix moyen du lait de vache payé au producteur en région s’établit à 389 €/1000 litres, en nette progression (+12,4 %) par rapport à janvier 2021 (Figure 12). En France, le prix est estimé à 420 €/1000 litres en hausse de 10,8 % sur la même période. Parallèlement, les charges ont progressé en janvier et l’indice IPAMPA lait de vache a encore gagné +2,3 % en un mois (Figure 14).
Malgré la hausse du prix du lait, la collecte de lait de vache en janvier reste dans la tonalité de ces derniers mois en affichant un nouveau recul. La baisse est de -4,1 % en région des Hauts-de-France et de -1,9 % au niveau national. Elle concerne l’ensemble des bassins laitiers. La collecte de l’UE à 27 recule également de -0,7 % reflétant une baisse sensible des livraisons dans les principaux pays producteurs (Irlande, Pays- Bas, Allemagne, France).
Selon l’Institut de l’élevage (IDELE), la baisse du nombre de livreurs s’est accentuée en 2021 avec un recul de -4,2 % (-3,6 % en 2020) en France. En Hauts-de-France, la perte est estimée autour de 5 % et compte 4 012 livreurs en janvier 2022 (Figure 13).
La situation du lait bio en région affiche une collecte en hausse (+8,9 %/janvier 21) portant sa représentativité de 2 à 2,1 %, et un prix en baisse (-3,1 % /janvier 21). Ces tendances sont partagées à l’échelle nationale.
Livraison régionale de lait de vache à l'industrie - Prix payé aux producteurs
Evolution du nombre de livreurs de lait de vache par région
Evolution de l'indice des prix d'achat des moyens de production agricole (IPAMPA) Lait de vache

PÊCHE

Un tonnage particulièrement faible

Les conditions météorologiques fortement venteuses de février perturbent l’activité de pêche en mer du Nord et affectent le niveau de l’offre.
En pêche côtière, l’offre disponible est restreinte en volume. On y trouve, par ordre d’importance, le merlan, la coquille Saint-Jacques, le maquereau, l’encornet et le tacaud.
L’activité à l’importation est aussi tributaire du mauvais temps qui persiste dans les zones de pêche, avec en retour peu d’offre disponible et des prix élevés sur la gamme habituelle, à l’exception du lieu noir, issu de la pêche hauturière et du Danemark, qui voit son prix se tasser à 2,20 €/kg
Globalement, le commerce est calme. La fréquentation chez les détaillants et en GMS, tout comme l’activité en restauration collective, subissent le contexte de vacances scolaires.
En février, le tonnage est en baisse de -17 % par rapport à février 2021. Il s’avère être le plus faible observé depuis les dix dernières années. Affiché à 3,18 €/ kg, le cours moyen progresse fortement, respectivement de 36 % sur un an et de 33 % par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 15).
Poisson - Ventes enregistrées - Port de Boulogne - Calais (hors poisson congelé)

MÉTÉOROLOGIE

Doux, sec et venteux

L’atmosphère est douce en février, avec une température moyenne mensuelle régionale qui s’affiche de près de 3°C au-dessus des normales (Figures 16,17 et18). L’excédent est plus marqué pour les températures maximales, particulièrement la journée du 16. Les températures minimales sont froides, avec des gelées marquées notamment le 12 et le 26.
Le déficit pluviométrique de janvier se poursuit en février, avec un cumul mensuel régional inférieur de près de 20 % à la normale. Il reste cependant assez contrasté par département, variant de 9 % dans le Pas de Calais à 33 % dans l’Oise (Figure 19).
L’indice d’humidité des sols superficiels est proche de la normale.
Le fait le plus marquant reste la succession de tempêtes, Dudley du 16 au 17, Eunice le 18, puis Franklin du 20 au 21.

Station d'AMIENS - GLISY - Températures et précipitations Station de LILLE - LESQUIN - Températures et précipitations
Ecart à la moyenne de référence 1981-2010 de l'indicateur thermique moyen mensuel Rapport à la moyenne de référence 1981-2010 des cumuls mensuels de précipitations agrégés


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