Bilan de campagne : pomme de terre de conservation en 2021-2022

publié le 3 octobre 2022

Chère campagne

La campagne est marquée par l’augmentation significative des coûts de production et l’incertitude liée au conflit en Ukraine. Dans un contexte inflationniste et avec des surcoûts difficiles à répercuter auprès des acheteurs, les négociations commerciales alimentent un marché où le pouvoir d’achat devient une préoccupation majeure pour les ménages. L’activité retrouve le niveau d’avant la crise sanitaire. Malgré une campagne délicate due à la pression du mildiou, la production suffit à répondre aux besoins des différents débouchés sur le marché intérieur, avec un équilibre entre l’offre et la demande. Avec des rendements insuffisants et une diminution des surfaces emblavées, les usines ont besoin du marché libre pour s’approvisionner au cours de la campagne, afin de répondre à la forte demande en produits transformés.


Un appel à projet (AAP) pour la rénovation énergétique des bâtiments de stockage de pommes de terre – Région Hauts-de-France est ouvert depuis le 8 février 2022, dans le cadre du fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) pour les Programmes de Développement Ruraux (PDR) du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie.

Les emblavements 2021 de la zone NEPG sont réduits de 4,7 % par rapport à l’année 2020 (source : NEPG Groupement des Producteurs de pomme de terre du Nord-Ouest Européen, constitué des représentants des producteurs de Belgique, d’Allemagne, de France et des Pays-Bas - communiqué de presse UNPT-CNIPT).

Face à l’augmentation des coûts de production (intrants, énergie, matériaux de construction), les producteurs de pommes de terre obtiennent de meilleurs prix de contrats de la part des industriels.

La forte augmentation des coûts des conteneurs et du fret maritime exerce des tensions sur le marché européen.

L’humidité permanente entraîne des attaques de mildiou sans précédent depuis plusieurs années. Ces conditions climatiques inhabituelles exigent une augmentation des interventions, entrainant, en dépit de l’optimisation de leur raisonnement, une hausse significative des coûts de production.

Un rendement brut à 44,1 t/ha au niveau national et à 45,5 t/ha sur la zone du panel enquêté (principaux bassins de production) aboutit à une production de 6 781 639 t, en recul de 1,9 % par rapport à 2020, mais 10,1 % au-dessus de la moyenne quinquennale (communiqué de presse UNPT-CNIPT).

La décision sur le dispositif « Aléas climatiques V3 » est votée par le Conseil d’Administration de FranceAgriMer et publiée le 18 novembre 2021 au Bulletin Officiel du Ministère de l’Agriculture. Ce programme a pour objet, dans le cadre de deux nouveaux dispositifs, d’aider des investissements permettant d’améliorer la résilience individuelle des exploitations agricoles face aux aléas climatiques.

Les volumes exportés sont en nette hausse sur la majorité des destinations, exception faite de l’Espagne qui dispose de suffisamment de stocks pour alimenter son marché et du Portugal qui a acheté beaucoup moins dès le début de la saison. Avec un stock de pommes de terre de conservation en retrait, l’Italie s’intéresse davantage à l’offre française notamment sur les lots de qualité. Les pays de l’Est font face à une diminution des rendements et des qualités, justifiant leur présence aux achats dès le démarrage de la campagne.


Août 2021
La campagne débute avec un recul des achats durant le mois d’août. Les vacances et le retour d’une météo estivale, associés aux contraintes sanitaires, peuvent expliquer ce recul. Bien que l’évolution de la crise de la Covid-19 soit plutôt favorable, les restrictions encore en vigueur pèsent sur la demande de la restauration en frites surgelées et autres produits dérivés à base de pommes de terre. Les usines de transformation restent toutefois confiantes et poursuivent les enlèvements contractés, que complètent quelques excédents. L’activité retrouve un rythme d’avant la crise sanitaire.

Septembre 2021
Les caprices de la météo ne favorisent pas une tubérisation hétérogène selon les parcelles. Les producteurs multiplient les traitements contre le mildiou. Les travaux d’arrachage, à des fins de stockage en prévision de la demande à l’exportation ou pour les offres promotionnelles des grandes et moyennes surfaces, varient selon les bassins de production. Vers la transformation, on assiste à la transition entre les pommes de terre hâtives et des variétés spécifiques sur un marché attentiste, où l’approvisionnement s’effectue principalement sur la base des contrats. Le marché intérieur s’inscrit dans un contexte de rentrée scolaire, avec un référencement étroit. Il est peu dynamique malgré les offres promotionnelles et le retour des estivants. Toutes les lignes ne sont pas ouvertes. Une large fourchette de prix est observée. Le commerce est apprécié diversement, selon l’implication des acteurs aux différents échelons de la filière. Vers l’export, les principaux clients et certains pays de l’Europe de l’Est se manifestent précocement.

Octobre 2021
Les achats des ménages évoluent peu sur l’ensemble des circuits de distribution malgré les offres promotionnelles. Le commerce fonctionne par à-coups d’une semaine sur l’autre. Le stockage s’active sur l’ensemble des variétés, offrant plus de visibilité. Vers la transformation, il y a peu d’évolution. Certaines usines restent présentes sur le marché libre afin de conforter la disponibilité en matière première. Les producteurs qui ne disposent pas des capacités de stockage vendent leur récolte. Les offres défaillantes sont moins nombreuses et les transformateurs adaptent leurs normes pour gérer ces lots. Vers l’exportation, les marchés frémissent vers l’Espagne et l’Italie à la recherche de pommes de terre de qualité. Un certain empressement de l’Europe de l’Est se manifeste, tant sur des pommes de terre lavées que brossées. Les nombreux problèmes logistiques engendrent une hausse du coût du fret.

Novembre 2021
L’offre s’élargit sur les marchés exports. Le manque de camions constitue un frein à la fluidité des approvisionnements. Les demandes se renforcent vers l’Europe centrale et de l’Est. Le marché intérieur s’anime autour de nombreuses mises en avant. Les conditions météorologiques automnales entraînent un regain d’intérêt pour le produit. Vers les usines, le marché est équilibré, avec des prix plus soutenus sur l’ensemble des variétés. Certaines sont présentes sur un marché libre en tension, en raison de la réticence de certains producteurs à libérer leurs stocks et de par la dynamique des ventes de produits finis. La transformation industrielle est parfois confrontée à des difficultés d’approvisionnement et des hausses de coûts des intrants, tandis que les expéditions intracommunautaires et vers les pays tiers sont tributaires des mesures sanitaires prises face à la pandémie.

Décembre 2021
Le commerce vers la transformation est équilibré, avec des usines toujours positionnées sur le marché libre. L’offre sur certaines variétés est plus rare de la part de producteurs attentistes. Les enlèvements contractés se poursuivent sans retard et les transformateurs tournent à pleine capacité. Malgré le contexte sanitaire à nouveau plus difficile et le retour de restrictions dans plusieurs pays ou secteurs d’activités, le marché reste confiant. Sur l’Hexagone, il s’anime davantage avec la baisse de température et la multiplication d’offres promotionnelles. L’approche des fêtes de fin d’année et l’ouverture des commerces le week-end stimulent l’activité et les réassorts en magasins s’accélèrent dans les petits conditionnements. L’activité export se maintient sur le marché du frais pour les pommes de terre de qualité supérieure. La demande est moins présente sur les qualités intermédiaires. Ce marché à deux vitesses entraîne des niveaux de prix différenciés selon les produits proposés. Les pays de l’Europe de l’Est entretiennent la dynamique du marché.

Janvier 2022
Le marché du frais se stabilise mais le niveau d’activité commerciale varie selon les expéditeurs. Quelques réassorts sont observés en rayon malgré une fréquentation plus faible en magasins au lendemain des fêtes de fin d’année. Si l’inflation entraîne une hausse des charges pour les opérateurs, elle pèse également pour le consommateur dans ses choix de dépenses. Les usines de transformation reprennent pleinement leur activité, après un arrêt total ou partiel pendant les fêtes. Les enlèvements des contrats sont complétés par une offre limitée sur le marché libre, avec parfois des variétés mixtes, initialement destinées au marché du frais. Vers l’export, le marché se stabilise sur les lignes ouvertes vers l’Espagne et l’Italie, avec les clients habituels à la recherche d’un niveau de qualité quelquefois difficile à satisfaire. Les qualités insuffisantes ne permettent plus d’alimenter le grand export (Moyen-Orient). Les pays de l’Est recherchent toujours des volumes de variétés lavées, alors que les lots de qualité intermédiaire et les pommes de terre brossées trouvent moins de débouchés.

Février 2022
L’effort consenti par les usines incite certains producteurs à attendre de nouvelles hausses pour libérer leurs stocks. La tension est palpable sur les prix de vente à l’expédition, avec la difficulté à répercuter la hausse des frais de stockage. Le marché export est hétérogène selon les destinations, avec une baisse généralisée des volumes exportés et un écart de prix lié à la qualité des lots. Les pommes de terre brossées et lavables pâtissent d’un manque de débouchés. Les pays de l’Est restent aux achats sans déroger à la baisse des commandes, dans un climat plus attentiste. Le marché intérieur est plus ou moins régulier, avec une fréquentation mitigée au rayon frais. Les petits formats bénéficient d’un meilleur attrait des consommateurs. Certains expéditeurs sont sollicités par le négoce pour connaître les opportunités à l’export, à défaut de dégager davantage de volumes sur le marché national.

Mars 2022
La demande à l’export persiste, mais les transactions sont devenues très difficiles en raison de la hausse récente des cours et des coûts de transport. La fourchette de prix s’élargit selon la destination et les lots proposés. Les marchés sont plus calmes mais la demande en variétés fritables entretient un courant régulier. L’Espagne diminue ses achats, dans l’attente de pommes de terre nouvelles, privilégiant les achats sous contrat, ce qui laisse moins de place aux transactions libres. Le Nord de l’Italie est en autosuffisance. Les destinations de l’Est, qui ont connu une baisse de production et de rendement, restent aux achats sur les pommes de terre conditionnées lavées et brossées, mais avec une baisse des volumes. Quelques envois vers le grand export sont réalisés sur les qualités supérieures à des prix plus fermes.

Avril 2022
Les ventes de produits finis sont dynamiques malgré une hausse des prix qui a intégré l’augmentation des coûts de production. La majorité des usines poursuit des enlèvements immédiats en complément des volumes contractés. La fermeté des prix observés à l’achat confirme la bonne orientation des marchés. À l’export, les variétés fritables restent prisées quelles que soient les destinations. Les pays de l’Est achètent des volumes réguliers mais des problèmes logistiques récurrents entraînent des retards d’expédition. La demande de variétés à peau rouge croît, notamment vers le Portugal, jusque-là absent. Le niveau de prix des diverses variétés se maintient, y compris sur les pommes de terre non lavées, en corrélation avec un marché vers la transformation plus actif, d’autant plus que des variétés fritables se libèrent sur le marché du frais. Les volumes d’achats des ménages sont en recul sur le marché intérieur. La situation sur les chairs fermes reste tendue et plusieurs opérateurs annoncent une baisse des prix au stade expédition, tout en essayant de trouver en parallèle des débouchés vers l’exportation.

Mai 2022
Le marché national est calme avec une météo quasi estivale moins favorable à la consommation de la pomme de terre. Peu d’opérations en GMS sont menées pour animer le marché. L’activité des grossistes est par contre portée par la restauration traditionnelle. La forte demande de produits finis incite les usines de transformation à rechercher des volumes sur le marché libre, pour sécuriser la fin de campagne. Les cours stimulent une offre réduite par la mobilisation des producteurs sur les travaux de culture. En raison des retards de disponibilités en variétés primeurs, les flux à l’export sont toujours observés vers l’Europe du Sud et de l’Est, notamment en variétés fritables. Toutefois, l’offre diminue avec des qualités très hétérogènes. Certaines lignes se ferment, incitant les opérateurs à rechercher sur le marché libre des lots pour compléter des volumes manquants tant en variétés qu’en qualités. La campagne touche à sa fin avec une demande difficile à satisfaire.

Juin 2022
Le marché de la pomme de terre est en transition. L’export arrive en fin de campagne. Les pays de l’Est restent présents, mais peinent à trouver la qualité recherchée. L’activité se réduit à quelques affaires courantes sur une segmentation réduite. Des lots de chairs fermes en qualité non lavable tentent de trouver des débouchés à l’export. La position des usines diverge selon les besoins à court terme et certains débouchés à couvrir, mais le marché est beaucoup plus calme et les transactions limitées à quelques surplus de contrats. Le retour de la pluie modifie l’ambiance du marché, en relançant la croissance des pommes de terre hâtives. Sur l’Hexagone, les références se réduisent avec une transition progressive vers les primeurs, dont l’offre croît régulièrement. Les GMS maintiennent toutefois une activité autour des pommes de terre à chair ferme de l’ancienne récolte.


Les prix des variétés polyvalentes suivent une courbe ascendante en lien avec les cours soutenus de variétés destinées à la transformation, la hausse des prix des matières premières et des coûts de production.


Les cours au stade expédition maintiennent une certaine linéarité. Les prix au détail sont plus fluctuants, en fonction des mises en avant régulières organisées pour maintenir les ventes. La hausse des coûts de production sur plusieurs postes de dépenses supportés par la filière (énergie, emballage, transport...) rend difficile les baisses de prix à ce stade. La demande sur les variétés à chair ferme est moins active et s’accompagne d’une baisse des prix en fin de campagne.


La période de sortie des restrictions sanitaires en début de campagne se traduit par un regain d’activité en restauration hors domicile (RHD). La segmentation du marché ne retrouve toutefois pas les parts d’avant la crise sanitaire entre la RHD et les GMS. Les prix au stade de gros sont négociés car la restauration hors domicile (RHD) subit toujours la concurrence des GMS induite par le télétravail. Malgré la fin des restrictions et la réouverture des restaurants, les habitudes des consommateurs persistent et la fréquentation des magasins ne retrouve pas son niveau d’avant la pandémie.

On observe une baisse de la superficie totale de pommes de terre dans la zone NEPG(2) (UE-04) et la France ne fait pas exception après une augmentation des surfaces depuis plusieurs années. Malgré tout, la production permet d’alimenter les différents marchés intérieurs comme export. Les surfaces plantées sont en baisse de plus de 3 % en France. Les reculs les plus importants sont constatés en Nord-Pas-de-Calais et en Picardie. Les rendements s’inscrivent dans la moyenne quinquennale.
(1) Les surfaces 2021 ont été réactualisées sur la base des données de la politique agricole commune (PAC).
(2) Groupement des producteurs de pomme de terre du Nord-Ouest européen.



SIGLES ET ABRÉVIATIONS

• CNIPT : comité national interprofessionnel de la pomme de terre
• décennal(e) : se réfère aux dix années antérieures à l’année en cours
• GMS : grandes et moyennes surfaces
• MIN : marché d’intérêt national
• quinquennal(e) : se réfère aux cinq années antérieures à l’année en cours
• UNPT : union nationale des producteurs de pommes de terre


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en cliquant sur Bilan de campagne : pomme de terre de conservation 2021-2022 (format pdf - 378.4 ko - 30/09/2022) .