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Bilan de campagne - pomme de terre en 2020-2021

Des marchés et des habitudes de consommation bousculés par la crise sanitaire

La campagne 2020-2021 reste marquée par la crise liée à la Covid-19. Si l’activité estivale a permis de dégager des volumes disponibles en produits finis, la fermeture de la restauration hors foyer dès le début de la saison empêche les usines de transformation de retrouver leur pleine capacité. Les incertitudes qui pèsent sur la RHD apportent peu de visibilité sur un marché déjà contrarié par l’interdiction de l’usage du chlorprophame pour la conservation, alors que des germinations précoces sont observées sur certains lots. La demande déficitaire en produits transformés, une augmentation des coûts de production, des échanges internationaux limités sont quelques-unes des conséquences de la crise sanitaire qui s’accompagne des mesures de confinement et d’une forte baisse de la demande du marché mondial de la restauration pour les produits à base de pommes de terre.

Faits marquants


L’interdiction du CIPC depuis le 8 août 2020 en France implique d’intégrer cette évolution dans les programmes antigerminatifs à mettre en oeuvre.

  • La production française de pommes de terre de conservation s’élève à 6 758 800 tonnes, soit une hausse de 3,4 % en un an (communiqué UNPT).
  • Le Royaume-Uni devient pays tiers pour l’Union européenne depuis le mois de janvier 2021 et décide de ne plus être membre du North-West European Potato Growers Group (NEPG).
    Les coûts de production augmentent par rapport à la campagne 2019-2020.
  • Le plan de soutien de la filière pomme de terre en lien avec la crise Covid-19 devient opérationnel. La décision relative aux modalités de mise en oeuvre du dispositif d’indemnisation des producteurs pour compenser les pertes résultant de l’évacuation des pommes de terre non transformées vers d’autres débouchés est publiée le 31 décembre 2020.
  • Un appel à projet “Rénovation énergétique des bâtiments de stockage de pommes de terre” est initié par la région Hauts-de-France afin de soutenir l’investissement productif au sein des exploitations agricoles. La région, en tant qu’autorité de gestion du FEADER pour les programmes de développement ruraux du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, propose ce dispositif d’aide directe pour faciliter la mise en oeuvre des alternatives au CIPC.

Exportations françaises

Déroulement de la campagne

Septembre 2020
Le début de la campagne est marqué par un étalonnement des récoltes dû aux conditions météo. Les travaux d’arrachage se poursuivent dès que l’état des sols le permet afin de répondre aux besoins immédiats du marché. Les variétés hâtives et les pommes de terre à chair ferme sont récoltées sans retard dans certains bassins de production. Pour les plus tardives à destination des usines de transformation, l’offre peut parfois paraître réticente au regard des prix proposés. Elles sont cependant couvertes par leurs contrats et laissent peu de place pour des achats sur le marché libre. La demande vers l’alimentation du bétail et la féculerie est plus animée. Le marché intérieur apparaît équilibré entre une offre modérée et la demande. La rentrée scolaire impose des choix pour les dépenses des ménages. Les prix apparaissent stables face à des rendements hétérogènes, n’engendrant pas de surplus d’offres. A l’export, des premières opérations sont réalisées auprès des partenaires historiques et vers le Moyen-Orient.

Octobre 2020
L’arrivée des pluies rend les pommes de terre plus sensibles aux endommagements lors des arrachages. Des conditions de stockage moins adaptées nécessitent parfois la vente immédiate en sortie champ pour la transformation. Les récoltes progressent moins rapidement sur les variétés “industrie”. Cela n’a aucune incidence sur les cours observés dans la mesure où les contrats suffisent à couvrir les besoins des usines, qui disposent en outre d’une flexibilité d’approvisionnement entre les différents bassins de production et parmi les variétés disponibles. Certaines variétés précoces et mixtes non conformes sont transférées vers le marché du frais. Il existe des postures différentes entre des enlèvements immédiats pour remplacer des volumes sous contrats non disponibles et l’intervention du négoce pour les industriels, qui offrent des tarifs supérieurs sur des quantités limitées, destinées à maintenir à court terme le rythme de fonctionnement des chaînes de transformation. Vers l’exportation, les marchés s’animent autour de produits présentant une qualité supérieure se différenciant de l’offre locale. En revanche, les transactions sont plus limitées sur les produits basiques.

Novembre – décembre 2020
Les mesures prises en réponse à la crise sanitaire font évoluer le marché. La fébrilité du consommateur n’est toutefois pas comparable à la situation connue en mars 2020. Des disparités existent selon les circuits de distribution avec des hypermarchés en retrait face aux détaillants primeurs qui connaissent une croissance aux côtés des grandes et moyennes surfaces, principaux circuits de distribution. Les achats des ménages progressent sensiblement avec l’augmentation des repas pris à domicile. Les usines tentent de travailler au mieux de leur capacité avec la fermeture de la RHD qui pèse fortement sur l’activité. Parmi les produits finis, ceux de la vente à emporter ou destinés à la livraison à domicile répondent à une demande croissante du consommateur, mais ne constituent qu’un faible segment du marché de la transformation. A l’exportation, seuls les lots de qualité sont valorisés vers les clients historiques du sud de l’Europe, alors que l’offre de qualité moyenne, fortement concurrencée par l’Allemagne, reste en marge. L’exportation est freinée vers l’ensemble des destinations afin d’éviter tout surplus de stocks face à une consommation en baisse.

Janvier 2021
Avec des variétés de qualité parfois difficile à trouver, le négoce intermédiaire est sollicité à la recherche de lots de remplacement ou pour répondre aux producteurs soucieux de respecter leur contrat face à des rendements déficitaires. La demande reste atone sur le circuit du marché de gros destiné à alimenter la RHD, mais le maintien de l’ouverture des commerces en centre-ville anime quelque peu la restauration à emporter avec de nouvelles commandes chez certains restaurateurs soucieux de reconstituer une réserve de pommes de terre. La fermeture de la restauration continue donc à peser sur le marché des pommes de terre non lavées et brossées, y compris à l’exportation où les volumes travaillés s’inscrivent dans un contexte de crise sanitaire qui affaiblit la demande sur le marché européen, où se concentrent l’essentiel des exportations françaises.

Février 2021
La prolongation des recommandations sanitaires maintient la progression de la consommation des ménages. Les commerces et la chaîne logistique d’approvisionnement se réorganisent face au couvre-feu. Les marchés de gros, qui alimentent les circuits de la restauration française et européenne, éprouvent toujours des difficultés. Vers les usines, quelques transactions sur le marché libre sont signalées, pouvant s’apparenter en partie à des achats de précaution pour éviter toute difficulté d’approvisionnement éventuel à terme. Le négoce intermédiaire demeure actif à toute fin de remplacement des variétés manquantes ou présentant une qualité jugée insuffisante pour compléter des contrats. Même si les industriels se montrent peu aux achats, on assiste à un frémissement sensible du marché avec des cotations en hausse en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. L’export est peu actif quelles que soient les destinations et la segmentation dans un contexte où la baisse de la consommation est observée sur la majorité des marchés européens sur fond de crise sanitaire.

Mars 2021
Le marché intérieur, essentiellement articulé autour des mises en avant, évolue peu. Le commerce s’anime davantage le week-end avec une plus grande disponibilité des acheteurs du fait du couvre-feu en semaine. Le retour de conditions météo printanières accentue la fréquentation sur les bordures côtières de villégiature, permettant à certains restaurateurs d’accroître leur activité de vente à emporter, toutefois pénalisée par le couvre-feu et le durcissement des contraintes sanitaires dans certaines régions. A l’industrie, quelques achats sur le marché libre sont signalés, davantage motivés pour couvrir des contrats que pour honorer des besoins supplémentaires. A l’absence du marché vers la restauration s’ajoute un flux export moins important positionné vers les destinations habituelles et demandeur de lots de qualité. Les pommes de terre brossées restent confrontées à un manque de débouchés significatif.

Avril 2021
Le marché intérieur s’anime avec la baisse des températures et le transfert d’achat vers la consommation à domicile plus importante du fait de la fermeture prolongée des établissements scolaires. Les problèmes qualitatifs sont plus souvent signalés lors des opérations de déstockage, avec des écarts de prix résultant des opérations de tris plus importantes sans possibilité de répercussion au stade expédition. Le marché export reste actif sur les produits destinés à la grande distribution mais la qualité aléatoire accentue les litiges et les difficultés à satisfaire le niveau d’exigence. Les destinations du Proche-Orient sont à considérer avec précaution compte tenu du risque de télescopage avec les pommes de terre primeurs d’autres origines. Vers la transformation, toutes les usines ne sont pas aux achats et leur posture est diversement appréciée dans un contexte sanitaire peu lisible, même si des signaux positifs sont adressés quant à la réouverture du secteur de l’hôtellerie-restauration dans certains pays européens.

Mai 2021
Le marché export est peu structuré avec quelques opportunités offertes ponctuellement sur l’ancienne récolte. Les qualités trop disparates ne permettent plus de répondre aux exigences, exception faite de certaines variétés fritables, intéressant l’Europe de l’Est dès lors que les prix sont adaptés à leurs demandes. Plusieurs opérateurs se projettent sur l’importation de primeurs ibériques. Le marché intérieur voit l’activité des grossistes plus animée avec la réouverture partielle de la restauration hors foyer. Certaines usines se positionnent sur le marché libre pour répondre à des besoins réels ou pour réaliser des achats de précaution. L’ouverture progressive de la restauration ne pèse pas trop sur l’activité d’autant qu’elle est soumise à conditions avec les seules terrasses accessibles, dont la fréquentation est contrariée par une météo peu engageante. Toutefois, les perspectives de reprise d’activité de la RHD et les retards en culture de hâtives redonnent de l’intérêt pour la vieille récolte et expliquent des mouvements sur le marché libre, bien que les ventes de produits finis soient toujours liées à une logique de confinement.

Juin 2021
Le secteur de la RHD fait face à une embellie et avec elle, l’activité des grossistes se positionne vers ces débouchés. En magasins, les rayons sont en pleine transition entre l’ancienne récolte, dont les références se réduisent, et la nouvelle récolte qui prend le pas. Avec la reprise du secteur de l’hôtellerie-restauration, la demande sur les variétés fritables et les grenailles augmente alors que l’offre se raréfie. Le marché intérieur est assez calme dans l’ensemble avec un retour à une vie normale orientant les dépenses vers d’autres secteurs d’activités, avec moins de poids pour la restauration à domicile mais davantage vers la restauration hors foyer. Vers la transformation, les marchés se stabilisent avec plusieurs industriels aux achats soucieux de sécuriser les approvisionnements sans rupture jusqu’à la récolte des pommes de terre hâtives et pour mieux préparer la saison estivale avec une croissance des commandes qui se manifeste. Globalement, elles sont couvertes par les contrats et les volumes restants qui les complètent.

D’une campagne à l’autre

Cotations au stade expédition dans le bassin Nord-Picardie Bintje calibre 50-75mm catégorie II non lavée en filet de 25 kg

Prix au stade détail

Pommes de terre : Prix au stade détail (TTC) et cours expédition (HT)

Chiffres indispensables

Cotations sur le MIN de Rungis et au stade expédition bassin Nord-Picardie

Exportations

Surfaces de production par région Pomme de terre de conservation et demi-saison


SIGLES ET ABRÉVIATIONS

CIPC : chlorprophame (utilisé pour le contrôle de la germination des pommes de terre)
Décennal(e) : se réfère aux dix campagnes de 2010-2011 à 2019-2020
FEADER : fonds européen agricole pour le développement rural
MIN : marché d’intérêt national
RHD : restauration hors domicile
SSP : service de la statistique et de la prospective du Ministère de l’Agriculture
UNPT : union nationale des producteurs de pommes de terre


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Bilan de campagne - pomme de terre en 2020-2021 (format pdf - 381.1 ko - 30/09/2021).