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Des marges de progrès vers plus d’agro-écologie dans l’utilisation des produits phytopharmaceutiques en grandes cultures

En incitant fortement à privilégier des techniques de production alternatives, le plan Ecophyto ambitionne de parvenir à une réduction sensible de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Allongement des rotations, semis retardés, ou encore non travail du sol figurent parmi ces techniques qui ont, entre autres, pour enjeu de réduire l’enherbement des cultures, le développement spontané des maladies fongiques ou de certains ravageurs, et ainsi permettre a minima de réduire les doses apportées. Si les leviers relatifs à l’optimisation des pratiques existantes sont largement utilisés, des marges de progrès subsistent encore. Certaines pratiques agro-écologiques progressent, mais lentement par rapport aux campagnes passées.

LE SOMMAIRE

1. Les rotations s’allongent et s’enrichissent mais restent malgré tout assez courtes sur près de 70 % de la sole en grandes cultures.

2. Le désherbage mécanique, alternative aux herbicides, évolue lentement …

3. … Et le labour est en net recul pour laisser la place aux techniques culturales simplifiées.

4. Les exploitations agricoles des Hauts-de-France améliorent leur équipement et optimisent ainsi la pulvérisation des produits phytopharmaceutiques.

5. Le décalage des dates de semis est un levier agro-écologique moins utilisé mais souvent freiné par les conditions pédoclimatiques.

6. Les grandes cultures des Hauts-de-France sont peu protégées par une haie, celle-ci réduit pourtant le recours aux produits phytopharmaceutiques.

7. L’agriculture biologique, les collectifs d’agriculteurs, et les cahiers des charges visant à réduire l’utilisation de produits phytopharmaceutiques se développent dans la région.


1. Les rotations s’allongent et s’enrichissent mais restent malgré tout assez courtes sur près de 70 % de la sole en grandes cultures.

L’allongement des rotations et l’alternance de cultures d’hiver et de printemps sont deux leviers agronomiques essentiels pour diminuer le recours aux produits phytopharmaceutiques. Dans une rotation l’agriculteur fait succéder les plantes hôtes et les plantes non hôtes des mêmes ravageurs et maladies.

Hauts-de-France : les 10 principales rotations (successions) de 2012 à 2017 pour les surfaces occupées par une grande culture en 2017

Dans les Hauts-de-France seul 1 % de la sole en grandes cultures (contre 4 % en 2014) connaît successivement la même espèce sur les 6 années de campagne 2011 à 2017. Cette monoculture est essentiellement céréalière : succession de maïs ou succession de céréales à paille (blé, orge, avoine, seigle, triticale). Les monocultures sont réputées plus fragiles face aux attaques de nuisibles ou de maladies et ont tendance à appauvrir la terre. Elles nécessitent donc un recours accru aux produits phytosanitaires et à la fertilisation.

La rotation des cultures s’organise en un cycle régulier plus ou moins long. Dans une rotation dite « longue », l’agriculteur retarde le retour de la culture sur elle-même afin de rompre ou de ralentir la réapparition de certains ravageurs, maladies ou adventices.

Un peu moins de 20 % de la sole en grandes cultures (contre 30 % en 2014) est biennale avec alternance de deux cultures uniquement sur les 6 années étudiées : céréale à paille-maïs, céréale à paille-colza, céréale à paille-betterave, céréale à paille-pommes de terre en constituent les principales successions.

La rotation est triennale sur 49 % de la sole (trois cultures sur 6 années).

Hauts-de-France : cycle de rotation des cultures de 2012 à 2017 pour les surfaces occupées par une grande culture en 2017

Sur 19 % des surfaces se succèdent quatre cultures, et sur 1 % cinq cultures. Dans la région, le cycle de rotation des cultures est donc court (biennal ou triennal) sur 68 % de la surface en grandes cultures 2017 (Cf tableau 1).

Une rotation équilibrée introduit également dans le cycle une culture sarclée qui peut être binée, et une légumineuse qui enrichit le sol par fixation de l’azote atmosphérique. Les principales plantes sarclées sont la betterave, la pomme de terre et certains légumes. Les Hauts-de-France sont riches de ces cultures : sur 58 % de la sole 2017 la culture principale a pour précédent une plante sarclée dans les 5 années. Le sarclage ou binage peut stopper la progression des adventices sans recours aux produits phytopharmaceutiques. Les légumineuses (protéagineux comme lupin, pois, féveroles ou encore prairie artificielle de luzerne ou de trèfle...) sont présentes dans la rotation pour à peine 1/5 de la sole : 17 % des surfaces de grandes cultures (contre 14 % en 2014) ont une rotation incluant des protéagineux et 1 % une prairie artificielle. Le principal frein au bon développement des légumineuses est la diminution de l’élevage dans la région. Enfin, seules 1 % des surfaces de grandes cultures de la campagne 2016-2017 ont comme précédent au moins une jachère.

L’alternance de cultures de printemps et d’hiver perturbe le cycle des adventices à développement automnal ou printanier. Sur les 3 dernières années étudiées, 49 % des surfaces connaissent successivement des semis d’automne et 1 % de la sole des semis de printemps consécutifs. Sur les 50 % restant, il y alternance de semis d’automne et printemps. Les cultures de printemps, moins longtemps en place, présentent aussi l’avantage d’être moins gourmandes en produits phytopharmaceutiques. Or sur la campagne 2016-2017 les superficies en blé, colza, 80 % de celles en orge ainsi que 9 % des surfaces en pois protéagineux sont emblavées à l’automne. Au total 67 % des surfaces sont implantées avant le 1er janvier 2017.

La spécialisation des cultures favorise également l’apparition des résistances. Les Hauts-de-France sont spécialisés : plus de la moitié de la sole (59 %) est semée en céréales à paille (blé et orge) sur la campagne 2016-2017.

Hauts-de-France : période de semis en grandes cultures sur les trois dernières campagnes


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Des marges de progrès vers plus d’agro-écologie dans l’utilisation des produits phytopharmaceutiques en grandes cultures (format pdf - 623.2 ko - 25/09/2020)