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Bilan de campagne - pomme de terre en 2019-2020

Une campagne perturbée par l’actualité

La faiblesse de la récolte 2018 permet de débuter sur des stocks nuls. La canicule de l’été 2019 impacte la mise sur le marché des premières récoltes. Malgré des restrictions d’usage de l’eau, l’irrigation est rendue possible. Les précipitations automnales placent les rendements dans la moyenne quinquennale. Le secteur de la pomme de terre transformée, dont les surfaces ont été augmentées à la demande de l’industrie, est impacté par les aléas météorologiques puis la crise sanitaire liée à la Covid-19 qui stoppe l’activité de la restauration hors domicile. Les contrats dominent et les prix sont élevés jusqu’en fin de campagne où ils retombent. Sur les marchés du frais (national et extérieur), la situation est hétérogène selon les variétés et les qualités, avec une large fourchette de prix durant toute la campagne. Parfois hésitants, les marchés connaissent un bond de la consommation au cours du printemps 2020, suite à la pandémie.
  • Le début de la campagne accuse des retards significatifs dans l’avancée des travaux d’arrachage en raison d’épisodes pluvieux successifs.
  • L’incendie de Lubrizol à Rouen incite plusieurs préfectures des Hauts-de-France à prendre des arrêtés de consignation pour certaines productions agricoles dans les communes impactées.
  • Un espace de concertation est mis en place pour présenter les solutions alternatives et les enjeux liés à l’interdiction prochaine de l’antigerminatif CIPC (chlorprophame).
  • La production française de pomme de terre de conservation s’établit à 6 641 400 tonnes pour 2019, avec un rendement brut moyen en hausse de 4,4 % (42,8 t/ha) – source UNPT/ CNIPT.
  • La crise sanitaire liée à la Covid-19 a pour conséquence la constitution de stocks de plusieurs milliers de tonnes de pommes de terre sans débouchés (selon les estimations de l’UNPT, près de 500 000 tonnes de pommes de terre pourraient ne trouver aucun débouché).

Exportations françaises - campagne de juin (année n-1) à mai (année n)

Déroulement de la campagne

Août - septembre 2019
La levée des pommes de terre varie selon les bassins et sous-bassins de production, l’état des sols résultant de la sécheresse et de la possibilité ou non d’irriguer. Les usines de transformation, couvertes par leurs contrats, et les variétés hâtives ne laissent qu’une place marginale au marché libre. La demande sur l’Hexagone reste faible, avant de croître avec la rentrée scolaire. Les températures estivales et les prix pratiqués sur certains conditionnements déterminent le comportement des consommateurs. Les cours affichent une certaine fermeté, face à une offre réduite par les difficultés de récolte. Tous les systèmes d’irrigation disponibles sont actifs, dans l’attente de précipitations. Alors que les prix au stade expédition des diverses variétés basiques se stabilisent à un niveau satisfaisant, les cours sont plus hésitants sur les chairs fermes. Les volumes exportés sont en repli durant l’été, pour croître vers l’Italie et l’Espagne, qui importent très tôt en raison d’une offre locale déficitaire.

Octobre
Les travaux d’arrachage destinés au frais et au stockage se poursuivent, mais des retards significatifs observés dans certains bassins de production contrastent le marché. Le Nord–Pas-de-Calais accuse des retards assez importants, notamment sur la frange septentrionale du territoire, en raison des intempéries, ce qui limite les projections commerciales. Des soucis qualitatifs sont signalés par le négoce sur certaines variétés. Les lots concernés sont réorientés vers des solutions alternatives, telles que l’alimentation animale ou la méthanisation. L’export se développe progressivement vers les destinations historiques et l’Europe de l’Est. Le commerce reste toutefois peu positionné, avec une offre encore réduite. Le marché intérieur du frais poursuit son développement, avec des mises en avant commerciales rythmant des ventes jugées insuffisantes. Vers les usines, il y a peu de changement. Les retards de récolte rendent l’offre inférieure à une demande industrielle suffisamment couverte par les contrats. Des transactions modérées sur le marché libre existent néanmoins sur une base tarifaire en légère progression

Novembre – décembre
Les pluies ininterrompues perturbent la poursuite des récoltes. L’offre peu optimisée influe sur des cours haussiers. Les usines de transformation poursuivent les enlèvements sur contrat, avec en parallèle un certain intérêt sur le marché libre en sortie de champ, pour les lots dont la conservation ou le stockage sont jugés délicats. Certaines d’entre elles sont en avance sur les contrats en raison de déstockages prématurés suite à endommagement. Le marché intérieur s’active en prévision de mouvements sociaux prévus début décembre. Chez les grossistes, la situation est plus nuancée face à une baisse de fréquentation dans la restauration. Les prix observés sont diversement orientés, avec de fortes disparités selon les variétés et les qualités travaillées. La multiplication des offres en magasins, associée à la présentation de plats hivernaux, assure une rotation régulière. Le marché extérieur temporise, à l’exception de l’Espagne qui recherche des lots de qualité, néanmoins peu proposés à la vente par nombre de conditionneurs, soucieux de préserver leurs stocks.

Janvier 2020
La reprise s’amorce vers la transformation. Certaines usines, en avance sur leur contrat, se manifestent sur le marché libre, où s’affiche une hausse des cours. L’activité à l’export demeure soutenue par l’Espagne, principal acheteur sur les pommes de terre lavées et lavables de qualité, avant de se contracter avec l’arrivée d’une seconde récolte dans certaines régions espagnoles. L’ouverture vers les destinations de l’Europe de l’Est se poursuit pour les pommes de terre brossées mais se heurte à une offre allemande plus compétitive. Le grand export est ralenti, conséquence des mouvements sociaux chez les dockers. Globalement les prix se stabilisent, exception faite des lots de consommation basique, pour en faciliter l’écoulement. Toutefois, cette activité à l’exportation est à nuancer, alors que plusieurs opérateurs observent un retard sur les volumes travaillés.

Février
Les enseignes de la grande distribution multiplient les animations autour des plats cuisinés et des légumes de saison, tout en proposant des offres promotionnelles sur une large diversité de formats. Dans un contexte moins perturbé par les mouvements sociaux, notamment au niveau de la restauration, l’activité des grossistes s’améliore sensiblement, avec davantage de commandes en centre urbain. Le marché à l’exportation est moins soutenu. Si les pommes de terre de qualité sont prisées, les variétés non lavées/non lavables sont délaissées, à l’exception des variétés fritables. Certains opérateurs amorcent une baisse de prix sur ce segment où les stocks sont importants. Avec plusieurs acteurs de la transformation aux achats sur le marché libre, les prix s’ajustent en légère hausse, dans un contexte d’offres variables, avant un retour de l’activité autour des contrats uniquement. Si l’offre peut paraître réduite avec un certain attentisme de la part des plus gros producteurs, d’autres acteurs libèrent leur stock face à un commerce à l’exportation peu engageant sur les variétés fritables non lavées et dont la qualité se dégrade.

Mars – avril
L’actualité de la Covid-19 impacte le secteur de la transformation et les différents marchés deviennent tributaires des mesures de confinement prises face à la pandémie. Avec l’arrêt de toute la restauration collective et de villégiature et en l’absence de débouchés, les transactions sur le marché libre sont quasi inexistantes et seuls les enlèvements sur contrats sont priorisés par les usines, avec des reports prévus pour les mois de juillet et août. Dans ce contexte et au regard des stocks de pommes de terre non transformées disponibles, l’offre devient plus pressante et les cours se replient. La majorité des lignes de transformations sont à l’arrêt ou fonctionnent partiellement, à l’exception des lignes flocons et frites surgelées à destination des GMS. Les usines s’emploient à orienter les pommes de terre hors normes vers d’autres voies de valorisation (méthanisation, alimentation animale, féculerie, solutions alternatives…). A contrario, les enseignes de la grande distribution enregistrent des pics de consommation de la part des ménages, qui réagissent par anticipation. La situation des grossistes est plus nuancée selon l’importance de leur activité vers la restauration. Beaucoup d’entre eux se tournent vers le négoce intermédiaire pour d’autres débouchés, notamment vers la grande distribution. A l’exportation, l’activité s’intensifie autour des pommes de terre lavées et de qualité lavable supérieure, alors que le segment des pommes de terre brossées et non lavées s’alourdit.

Mai
Les stocks encore disponibles pèsent fortement sur le marché, notamment sur celui des pommes de terre de consommation non lavées, plombé par des volumes importants de variétés industrielles et mixtes sans débouchés. La filière étudie l’ensemble des solutions permises pour réorienter ces lots, selon leur qualité, vers les banques alimentaires, l’alimentation du bétail ou encore la méthanisation. Le marché intérieur affiche des irrégularités dans l’expression de la demande. Le regain d’activité dans les commerces de proximité, la réouverture des marchés de plein vent et le développement des ventes à emporter, mises en œuvre par de nombreux restaurateurs, permettent d’alimenter un besoin continu chez les grossistes. Les réassorts en GMS sont plus aléatoires, avec cependant des sursauts d’activité, grâce à l’anticipation des acheteurs à l’approche des jours fériés. L’activité export s’essouffle. Seules l’Italie et l’Espagne sont aux achats en début de mois : la première pour compenser une offre locale déficitaire, la seconde sur des lots rares de qualité, avant d’entamer la campagne de pommes de terre primeurs. Avec la fin de saison qui se profile, plusieurs opérateurs se projettent sur l’importation des primeurs ibériques, dans l’attente de celles de l’Hexagone.

Juin
La réouverture progressive des restaurants assure aux grossistes une activité plus régulière. Le marché reste prudent avec l’incertitude qui plane sur le retour des clients. Cette reprise réactive les ventes de produits finis et les usines de transformation reviennent aux achats sur le marché libre pour compléter les enlèvements sur contrats avant de temporiser, dans l’attente des pommes de terre hâtives. Sur le marché intérieur, les ventes de pommes de terre de l’ancienne récolte diminuent et certaines références de qualité viennent à manquer, obligeant le négoce à se tourner vers le marché libre. Les lignes sur l’ancienne récolte se réduisent, au profit d’un basculement sur les primeurs, dont l’offre progresse, dans un contexte où le déconfinement engendre le retour vers un comportement plus habituel des consommateurs

D’une campagne à l’autre
Cotations au stade expédition dans le bassin Nord - Picardie Bintje calibre 50-75mm catégorie II non lavée en filet de 25 kg

Prix au stade détail
Prix au stade détail (TTC) et cours expédition (HT)

Chiffres indispensables
Cotations sur le MIN de Rungis et au stade expédition bassin Nord-Picardie
Exportations en milliers de tonnes
Surfaces de production par région Pomme de terre de conservation et demi-saison en ha

SIGLES ET ABRÉVIATIONS
CNIPT : comité national interprofessionnel de la pomme de terre
GMS : grandes et moyennes surfaces
MIN : marché d’intérêt national
UNPT : union nationale des producteurs de pommes de terre
“quinquennal(e)” désigne les cinq campagnes de 2014-2015 à 2018-2019


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Bilan de campagne - pomme de terre de conservation en 2019-2020 (format pdf - 360.5 ko - 19/10/2020).